La théorie du revenu selon Keynes et Friedman

Par Xavier BALLOIS étudiant en BTS NRC 1ère année.

Nous allons dans cet exposé opposer la théorie du revenu de Friedman, qui estime que les choix effectués par les consommateurs ne sont pas influencés par leur revenu effectif actuel, mais par leur estimation de revenu à long terme ; à la vision de Keynes, qui pense que suppose que la consommation a une importance prépondérante dans l’affectation du revenu.
Pour cela, après avoir développé la théorie de Milton Friedman, nous étudierons la conception Keynésienne du revenu.

 

Milton Friedman : la théorie du revenu

 

    Milton Friedman est un économiste américain né en 1912 à New York et mort en 2006 à San Francisco, considéré comme l’un des économistes les plus influents du XXe siècle. Titulaire prix Nobel de l’année 1976, il a été un ardent défenseur du libéralisme. Dans ses œuvres, Friedman cherche à démontrer la supériorité du libéralisme économique sur les autres systèmes économiques.

Il initia une pensée économique d’inspiration libérale dont les prescriptions s’opposent de front à celle du keynésianisme. En réponse à la fonction de consommation keynésienne, il développa la théorie du revenu permanent. Avec cette théorie et l’introduction du taux de chômage naturel, Friedman remet en cause le bien fondé des politiques de relance qui ne peuvent que provoquer de l’inflation contre laquelle il faut lutter. À cette fin, il proposa l’instauration d’un taux constant de croissance de la masse monétaire.

La théorie du revenu permanent est une théorie de Milton Friedman, élaborée en 1957, période où la doctrine keynésienne est dominante. Par la même occasion, Friedman introduit en économie la notion de revenu et consommation permanente. Du reste, cette théorie est construite pour remettre en cause la fonction de consommation keynésienne.

Il a observé que dans les groupes sociaux dont le revenu varie irrégulièrement d’une période à une autre, les dépenses de consommations seraient plus stables dans la période que les revenus réels. En théorie, en raison de la relation linéaire entre le revenu et la consommation décrit par Keynes, à une baisse de revenu devrait correspondre une diminution de la consommation et inversement. Or, selon Friedman, les faits tendent souvent à démontrer que la consommation ne se modifie pas. Par exemple, les agriculteurs, les travailleurs indépendants et tous ceux dont le revenu peut varier de façon importante d’un mois à un autre à cause de la saisonnalité de leur activité, on observe une consommation relativement stable malgré les variations de revenus.

Dans ces conditions, la consommation ne déprendrait pas seulement du revenu du mois mais de l’ensemble des revenus constatés dans les années antérieurs et des revenus espérés dans les années avenir. C’est ce que Friedman appel le revenu permanent. Ainsi les ménages ne déterminent leur consommation courante non en fonction de leur revenu actuel, mais de leur revenu permanent.

Pour mieux comprendre ce phénomène il imagine que le consommateur considère que son revenu est formé de 2 composantes : une composante permanente qui résulte de l’idée qu’il a de ses biens qu’il possède, de ses qualités personnels, de ses caractéristiques professionnels et sociales. Elle lui est bien connue, elle est relativement stable et sans surprise. Une composante transitoire qui résulte de tous les autres facteurs plus aléatoires comme la chance, l’évolution de la conjoncture et la politique…Son comportement de consommateur serait donc davantage inspiré par la composante permanente ce corrobore l’idée d’une consommation stable. Une baisse de revenu ne correspond donc pas toujours à une baisse de consommation, l’effet de cliquet de Thomas Brown en est une raison. 

Même, si la théorie est vérifiée statistiquement, les résultats et les enseignements que l’on peut en tirer ne sont pas toujours concluants. En réalité la consommation est un phénomène complexe, qui ne dépend pas que du revenu mais aussi d’un grand nombre de facteurs exogènes. Le revenu permanent est donc une notion plus abstraite que le revenu disponible, néanmoins elle permet de mieux comprendre le comportement de certains ménages vis-à-vis de la consommation.

 

John Meynard Keynes : la théorie du revenu

 

John Meynard Keynes est un économiste britannique (1883-1946), qui est à l’origine d’une nouvelle conception de l’économie. Il donne à la demande un rôle prépondérant sur l’offre, un rôle actif a la monnaie et surtout conteste la perfection des mécanismes de rétablissement automatique des équilibres sur le marché. Il préconise l’intervention directe de l’Etat pour relancer artificiellement la demande. A travers différentes théories, Keynes a développé l’hypothèse que la demande est le principal facteur déterminant le niveau de la production et par conséquent celui de l’emploi.

Keynes raisonne explicitement en termes de fonction de consommation. Mais la formulation de Keynes est assez vague pour justifier plusieurs types de fonction de consommation. Selon lui, en moyenne et la plupart du temps les hommes tendent à accroître leur consommation à mesure que leur revenu croît, mais non d’une quantité aussi grande que l’accroissement du revenu. Nous serions donc en présence d’une fonction croissante. Cependant, Keynes insiste sur le fait qu’en général une proportion de plus en plus importante du revenu est épargnée à mesure que le revenu croit.

Pour Keynes, le revenu n’est pas seulement un coût, c’est aussi un déterminant important de la demande. Par ailleurs, le mécanisme des prix sur le marché du travail n’aboutit pas usuellement au plein emploi d’où l’introduction de la notion de chômage involontaire.

Pour les classiques, l’offre de travail par les salariés dépend du salaire réel. S’il y a du chômage c’est que le salaire réel salaire nominal/indice des prix est supérieur à la productivité marginale du travail. Le chômage ne peut être que volontaire c’est-à-dire venant du refus de travailler au nouveau salaire d’équilibre. Pour Keynes au contraire le refus des salariés de voir leur salaire baisser est finalement une bonne chose car elle évite une spirale déflationniste.

Toutefois Keynes ne récuse pas totalement la théorie classique. En effet, s’il ne croit, ni possible, ni souhaitable une baisse du salaire nominal, la baisse du salaire réel suite à une montée de l’inflation symbolisée par une hausse lui est possible.

Alors que chez les classiques l’épargne dépend du taux d’intérêt chez Keynes, elle dépend du revenu.

Enfin pour Keynes, l’investissement dépend du taux d’intérêt et de l’efficacité marginale du capital qu’il définit comme « le taux d’escompte qui, appliqué à la série d’annuités constituée par les rendements escomptés de ce capital pendant son existence entière, rend la valeur actuelle des annuités égale au prix d’offre de ce capital ». Si l’efficacité marginale est supérieure au taux d’intérêt, l’entreprise investira sinon il vaudra mieux placer l’argent. Aussi plus le taux d’intérêt est faible et plus les entreprises auront tendance à investir.

Selon cette vision, toute les actions économiques de l’Etat sont remises en cause, à partir du moment où la consommation dépend du revenu permanent et pas du revenu courant, l’Etat doit se garder de pratiquer des politiques transitoires, telles que de la redistribution temporaire, qui ne feraient que modifier la composante transitoire du revenu.

De façon générale, les conclusions des travaux économiques de Friedman sont opposées à celles de Keynes, qui dominaient après la Seconde Guerre mondiale. Milton Friedman a souvent été ainsi défini comme l’anti-Keynes. Cependant, ses travaux reprennent les outils d’analyse mis en place par le keynésianisme.

Néanmoins, certaines réformes qu’il a pu proposer tel que le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu et l’impôt négatif ont été parfois critiquées au sein du mouvement libéral. Certains représentants de l’école autrichienne d’économie comme Roger Garrison posèrent même la question de savoir si Milton Friedman n’était pas à certains égards keynésien.

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