Les courants de pensée économique et le rôle de la monnaie

par Mathilde BOHM et Xavier BALLOIS
Etudiants en BTS NRC 1ère année

Nous allons dans cet exposé opposer la vision des économistes libéraux, qui estime que les libertés économiques sont nécessaires et que l’intervention de l’État doit être aussi limitée que possible ; aux Mercantilistes et Keynésiens, qui pense que les marchés laissés à eux-mêmes ne conduisent pas forcément à l’optimum économique.

Pour cela, après avoir développé les théories de pensées classiques et néoclassiques, nous étudierons les conceptions Mercantilistes et les Keynésiens de la monnaie.

Les libéraux

Le libéralisme économique est une école de pensée, qui estime que les libertés sont nécessaires en matière économique et que l’intervention de l’État doit y être aussi limitée que possible. Les partisans du libéralisme économique sont classés en deux grandes familles.

Les libéraux classiques appliquent au domaine économique les principes fondateurs du libéralisme : liberté, responsabilité, propriété. Ils considèrent que les autorités publiques n’ont ni la légitimité, ni l’information nécessaire pour prétendre savoir mieux que les consommateurs ce qu’ils peuvent ou doivent consommer.

Les libéraux néoclassiques reposent sur la théorie de l’équilibre général. Ils contestent l’efficacité des actions de l’État mais sont plus sensibles que les libéraux classiques aux critiques partant des « défaillances du marché ». Actuellement, le libéralisme économique est devenu très minoritaire.

L’économiste britannique Adam Smith (1723-1790) est le fondateur du courant classique. Il montre à travers différents travaux que les mécanismes de prix permettent naturellement au marché de s’équilibrer. De manière générale, il considère que l’Etat doit se cantonner à ses fonctions régaliennes et prend en charge la production des services indispensables à la collectivité, les marchés assurant naturellement le bien-être dans la société.

David Ricardo (1772-1823) se situe dans la lignée d’Adam Smith. Il s’accorde avec ce dernier sur de nombreux points, notamment sur le rôle de l’Etat. Il est également connu pour sa théorie du commerce international montrant que tous les pays, même ceux qui n’ont pas d’avantages absolus pour un produit, peuvent s’insérer dans le commerce international. C’est-à-dire que chaque pays doit se spécialiser dans la production du bien pour lequel il est le plus performant de manière absolue.

La pensée économique libérale se développe en même temps que naissent la société industrielle et le capitalisme moderne. Ses auteurs cherchent avant tout à expliquer les phénomènes de croissance, de développement et de répartition des richesses, en s’intéressant aux processus de production, d’échange, de formation des prix, de formation des revenus, et non à d’hypothétiques états d’équilibre.

Les premiers auteurs libéraux adoptent l’idée de neutralité de la monnaie (la monnaie n’affecte pas la production, le revenu réel, l’investissement, l’épargne…). La monnaie est fondamentalement un instrument d’échange. Ses autres fonctions d’expression de la valeur et de réserve de valeur sont des aspects particuliers de sa fonction primaire.
D’après ces auteurs, la quantité de monnaie en circulation n’a pas d’importance puisque les prix s’ajustent à la quantité de monnaie disponible.
En effet, la monnaie en circulation entraîne des effets différenciés sur les prix, et donc sur les comportements des agents économiques.

Cependant, les théories de ces auteurs sont critiquées sur plusieurs aspects. L’hypothèse de Carl Menger selon laquelle l’être humain est un être parfaitement rationnel cherchant à maximiser sa satisfaction ignore des aspects importants du comportement humain. L’« homme économique » (homo-economicus) peut être considéré comme différent des hommes réels.

La théorie néoclassique est également critiquée pour son biais normatif, alors que, selon ces critiques, elle ne cherche pas à expliquer le monde réel, mais à décrire une utopie où s’appliquerait le critère irréel de Pareto-optimalité. On reproche à l’économie néoclassique de reposer trop lourdement sur des modèles complexes, sans se demander si ces modèles décrivent bien l’économie réelle.

Les mercantilistes et les keynésiens

John Meynard Keynes est un économiste britannique (1883-1946), qui est à l’origine d’une nouvelle conception de l’économie. Il donne à la demande un rôle prépondérant sur l’offre, un rôle actif à la monnaie et surtout conteste la perfection des mécanismes de rétablissement automatique des équilibres sur le marché. Il préconise l’intervention directe de l’Etat pour relancer artificiellement la demande (par les dépenses publiques ou par l’offre de monnaie, conditionnant le niveau des taux d’intérêt). A travers différentes théorie, Keynes a développé l’hypothèse que la demande est le principal facteur déterminant le niveau de la production et par conséquent celui de l’emploi.

Pour les keynésiens, les marchés laissés à eux-mêmes ne conduisent pas forcément à l’optimum économique. En outre, l’Etat a un rôle à jouer dans le domaine économique notamment dans le cadre de politique de relance.

Keynes applique donc une théorie selon laquelle, nous désirons de la monnaie pour trois raisons :

-motif de transaction « le besoin de monnaie pour la réalisation courante des échanges personnels et professionnels ».

-motif de précaution « le désir de sécurité en ce qui concerne l’équivalent futur en argent d’une certaine proportion de ses ressources totales ».

-motif de spéculation « le désir de profiter d’une connaissance meilleure que celle du marché de ce que réserve l’avenir ».

C’est ainsi que dans son œuvre « le Traité sur la monnaie » paru en 1930, Keynes définit la nature de la monnaie puis décrit ses origines historiques avant de présenter une théorie de la monnaie qui aborde à la fois les aspects statiques et dynamiques de la question dans un premier volume. Puis dans le second intitulé « La Théorie de la monnaie appliquée », Keynes expose les politiques monétaires.

L’équation de Keynes sur la monnaie est la suivante : Y = C + I si Y est le revenu, C la consommation et I l’investissement, alors on peut démontrer qu’une augmentation de l’investissement, d’Etat pour l’économie nationale, finance à terme l’augmentation de revenu en générant l’augmentation de l’épargne. Cette théorie a été appliquée par Roosevelt. Elle sous-tend les politiques dites « budgétaires ».

Cependant il faut noter que le mercantilisme n’est pas un courant de pensée à proprement parler, car ce n’est pas une théorie économique unifiée.

La vision mercantiles se développe avec l’abondance des métaux précieux qui posent de nombreuses questions comme la relation entre cette abondance et la hausse des prix très forte que l’on constate partout en Europe. Ces réalités conduisent à une intense réflexion sur le rôle des monnaies et la législation qui s’impose aux échanges monétaires.

Mais pendant toute la période des idées contraires sont proposées : Antoine de Montchrestien publie son « traité d’économie politique », imposant le nom de la nouvelle discipline, qui défend le nationalisme économique, les restrictions au commerce et exprime une grande méfiance vis-à-vis de l’excès de monnaie qui hausse les prix et déséquilibre les échanges extérieurs. Il souligne la nécessité d’une intervention forte de l’État.

Ce courant de pensée se heurte également à des critiques qui souligne l’échec des mercantilistes à comprendre des notions comme l’avantage comparatif que développa David Ricardo avec son exemple sur la spécialisation internationale : le Portugal était un producteur beaucoup plus efficace de vin que l’Angleterre, alors que cette dernière était relativement plus efficace dans la production de vêtements. Ainsi si le Portugal s’était spécialisé dans le vin et l’Angleterre dans l’habillement, les pays auraient gagné au commerce international.
L’importance accordée à l’or fut aussi l’objet de critiques, même si de nombreux mercantilistes ont tenté de réduire l’importance donnée à l’accumulation de métaux précieux.

De plus, les historiens de la pensée économique sont revenus sur la remise en cause totale des idées mercantilistes, notamment en replaçant les théories dans leur contexte historique. Pour ceux qui voyaient dans le mercantilisme la défense d’intérêts personnels, la fin de ce courant intervient lors d’un important changement de pouvoir.

En conclusion, nous pouvons donc dire qu’il existe deux approches de la monnaie. Selon la première, la monnaie n’a aucune influence sur le fonctionnement de l’économie. Tandis que dans la seconde, la monnaie est perçue comme un régulateur, qui contrôle l’économie.

Ces divergences d’opinion font partie de l’affrontement idéologique « gauche – droite ». Elles sont donc fonction du système politique en place, de l’histoire du pays et surtout de la conjoncture actuelle.

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